
[Jeanne Favret-Saada, ethnologue française, raconte comment elle a enquêté sur la sorcellerie paysanne dans le bocage mayennais.]
Quand je suis partie dans le Bocage, en 1969, il existait une abondante littérature ethnographique sur la sorcellerie (…). Les folkloristes européens n’avaient aucune connaissance directe de la sorcellerie rurale : suivant les prescriptions de Van Gennep*, ils pratiquaient des enquêtes régionales, rencontrant les élites locales – les moins bien placées pour en savoir quelque chose – ou leur adressant des questionnaires, interrogeant aussi quelques paysans pour savoir si “l’on y croyait encore”. Les réponses reçues étaient aussi uniformes que les questions: “Ici, non, mais dans le village voisin, ce sont des arriérés…” Suivaient quelques anecdotes sceptiques ridiculisant les croyants. Pour aller vite, disons que les ethnologues français, dès lors qu’il s’agissait de sorcellerie, se dispensaient aussi bien d’observer que de participer (…) Continuer la lecture






