Le groupe peut-il secourir l’individu ?

1) L’effet témoin (également appelé “effet spectateur”) a d’abord été identifié lors du meurtre dramatique de Kitty Genovese en 1964, à la suite duquel le New York Times titra : « Les 38 témoins du meurtre qui n’ont pas appelé la police ».

Extrait du reportage d’Envoyé Spécial “L’étoffe du héros” de juin 2015

2) L’expérience du bon samaritain propose de tester l’effet témoin en le combinant avec le critère du statut social : le groupe va-t-il tenir compte de l’apparence sociale de la victime avant de lui venir en aide ?

Pour approfondir :

  • Le film 38 témoins de Lucas Belvaux (2012) est librement inspiré de l’affaire Kitty Genovese.

Gustave Le Bon : La foule est-elle meilleure que l’individu ?

Les foules ne sauraient accomplir d’actes exigeant une intelligence élevée. Les décisions d’intérêt général prises par une assemblée d’hommes distingués, mais de spécialités différentes, ne sont pas sensiblement supérieures aux décisions que prendrait une réunion d’imbéciles. Ils peuvent seulement associer en effet ces qualités médiocres que tout le monde possède. Les foules accumulent non l’intelligence mais la médiocrité. (…)

La première [cause] est que l’individu en foule acquiert, par le fait seul du nombre, un sentiment de puissance invincible lui permettant de céder à des instincts, que, seul, il eût forcément refrénés. Il y cédera d’autant plus volontiers que, la foule étant anonyme, et par conséquent irresponsable, le sentiment de la responsabilité, qui retient toujours les individus, disparaît entièrement.

Une seconde cause, la contagion mentale, intervient également pour déterminer chez les foules la manifestation de caractères spéciaux et en même temps leur orientation. (…) Chez une foule, tout sentiment, tout acte est contagieux, et contagieux à ce point que l’individu sacrifie très facilement son intérêt personnel à l’intérêt collectif. C’est là une aptitude contraire à sa nature, et dont l’homme ne devient guère capable que lorsqu’il fait partie d’une foule. (…)

Donc, évanouissement de la personnalité consciente, prédominance de la personnalité inconsciente, orientation par voie de suggestion et de contagion des sentiments et des idées dans un même sens, tendance à transformer immédiatement en acte les idées suggérées, tels sont les principaux caractères de l’individu en foule. Il n’est plus lui-même, mais un automate que sa volonté est devenue impuissante à guider.

Par le fait seul qu’il fait partie d’une foule, l’homme descend donc plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation. Isolé, c’était peut-être un individu cultivé, en foule c’est un instinctif, par conséquent un barbare. Il a la spontanéité, la violence, la férocité, et aussi les enthousiasmes et les héroïsmes des êtres primitifs.

Gustave LE BON, Psychologie des foules (1895), I, 1, pp.148-150

L’individu préfère-t-il se distinguer ou se conformer au groupe ?

Le collectif Exactitudes mené par Versluis et Uyttenbroek a pour objectif de

“fournir un enregistrement quasiment scientifique, anthropologique, des tentatives des gens pour se distinguer des autres en assumant une identité de groupe”.

  • Cette uniformisation des styles est-elle volontaire ou non ?
  • De qui chacun cherche-t-il exactement à se distinguer ? A qui exactement finit-il par ressembler ?

Pour approfondir :

L’individu peut-il s’opposer au groupe ?

L’expérience de Solomon Asch (1951) a pour but de mesurer les effets de la pression du groupe sur les croyances et opinions d’un individu.

  • Sur cent personnes, combien se soumettent à l’influence du groupe ?
  • Que se passe-t-il quand un individu résiste à l’influence du groupe ?
  • Deux individus peuvent-ils résister à l’influence d’un groupe majoritaire ?

Aristote : La multitude est-elle plus intelligente que l’individu ?

Il est possible que de nombreux individus, dont aucun homme n’est vertueux, quand ils s’assemblent soient meilleurs que ceux qui sont meilleurs mais peu nombreux, non pas individuellement, mais collectivement, comme les repas collectifs sont meilleurs que ceux qui sont organisés aux frais d’une seule personne. Au sein d’un grand nombre, en effet, chacun possède une part d’excellence et de prudence, et quand les gens se sont mis ensemble de même que cela donne une sorte d’homme unique aux multiples pieds, aux multiples mains et avec beaucoup d’organes des sens, de même en est-il aussi pour les qualités morales et intellectuelles. C’est aussi pourquoi la multitude est meilleur juge en ce qui concerne les arts et les artistes : en effet, les uns jugent une partie, les autres une autre, et tous jugent le tout.

ARISTOTE, Politiques, 1281b

  • Selon Aristote, comment peut-on passer d’individus non vertueux à une multitude vertueuse ?
  • Quel type de relation s’instaure entre les individus lorsqu’ils sont rassemblés ?
  • Dans quels cas réels trouve-t-on ce type de fonctionnement optimiste ? Est-ce toujours vrai ?

Les êtres vivants ont-ils conscience d’eux-mêmes ?

Le test du miroir a été élaboré par Gordon Gallup dans les années 1970.

Voici une version moderne du test reconstituée dans le documentaire de la BBC Amazing Apes :

  • Quel est le sens physique du verbe “réfléchir” ?

  • Est-il facile pour un enfant de un an de s’identifier dans un miroir ? Pourquoi ?
  • Face au miroir, que doit toucher l’animal pour que le test réussisse ?
  • Que doit toucher l’animal pour que le test échoue ?
  • Quelle opération mentale complexe rend possible cette réflexion physique ?
  • Que nous apprend cette expérience sur l’activité de réflexion intellectuelle ?

Pour approfondir :

Les préjugés structurent-ils les relations sociales ?

1) Comment se repérer dans la société sans préjugés ?

Extrait de l’émission d’Arte X:enius sur “Les préjugés : peut-on s’en passer ?”

2) Les préjugés aident-ils à structurer nos comportements ?

Extrait de l’émission d’Arte X:enius sur “Les préjugés : peut-on s’en passer ?”

La science peut-elle justifier des préjugés racistes ?

Le racialisme est un courant scientifique apparu au XIXe siècle ayant pour but de justifier scientifiquement l’inégalité entre les races humaines.

Planche pseudo-scientifique

A l’aide de mesures du crâne, ces “scientifiques” cherchent à montrer la proximité entre la race noire (nommée à l’époque “race nègre”) et l’orang outang, et la suprématie de la race blanche.

Le film Vénus Noire (2010) met en scène l’histoire vraie de Saartjie Baartman, surnommée “la Vénus hottentote”. Au milieu du film, le réalisateur Abdellatif Kechiche nous montre comment les scientifiques de l’époque cherchaient chez les “nègres” les justifications de théories racialistes balbutiantes :

  • Dans cet extrait, les scientifiques font-ils preuve d’objectivité ?
  • A quel moment l’hypothèse de la différence des races intervient-elle ? Avant ou après les mesures anatomiques ?
  • Pourquoi peut-on parler de “pseudo-science” ici ?

Les préjugés

Bachelard : Que faire des préjugés scientifiques ?

La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. Elle n’est jamais immédiate et pleine. Les révélations du réel sont toujours récurrentes. Le réel n’est jamais « ce qu’on pourrait croire » mais il est toujours ce qu’on aurait dû penser. La pensée empirique est claire, après coup, quand l’appareil des raisons a été mis au point. En revenant sur un passé d’erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel. En fait, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui dans l’esprit même fait obstacle à la spiritualisation.(…) Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. Accéder à la science, c’est, spirituellement rajeunir, c’est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé. (…)

Dans l’éducation, la notion d’obstacle pédagogique est méconnue. J’ai souvent été frappé du fait que les professeurs de science, plus encore que les autres si c’est possible, ne comprennent pas qu’on ne comprenne pas. Peu nombreux sont ceux qui ont creusé la psychologie de l’erreur, de l’ignorance et de l’irréflexion. Les professeurs de science imaginent que l’esprit commence comme une leçon, qu’on peut toujours refaire une culture nonchalante en redoublant une classe, qu’on peut faire comprendre une démonstration en la répétant point par point.  Ils n’ont pas réfléchi au fait que l’adolescent arrive en classe de physique avec des connaissances empiriques déjà constituées : il s’agit alors, non pas d’acquérir une culture expérimentale, mais bien de changer de culture expérimentale, de renverser les obstacles déjà amoncelés par la vie quotidienne.

Un seul exemple : l’équilibre des corps flottants fait l’objet d’une intuition familière qui est un tissu d’erreur. D’une manière plus ou moins nette, on attribue une activité au corps qui flotte, mieux au corps qui nage. Si l’on essaie avec la main d’enfoncer un morceau de bois dans l’eau, il résiste. On n’attribue pas facilement la résistance à l’eau.  Il est dès lors assez difficile de faire comprendre le principe d’Archimède dans son étonnante simplicité mathématique si l’on n’a pas d’abord critiqué et désorganisé le complexe impur des intuitions premières. En particulier sans cette psychanalyse des erreurs initiales, on ne fera jamais comprendre que le corps qui émerge et le corps complètement immergé obéissent à la même loi. Ainsi toute culture scientifique doit commencer par une catharsis* intellectuelle et affective.

Gaston BACHELARD, La formation de l’esprit scientifique (1938), chapitre 1

*catharsis = purification.

Questions de compréhension :

  1. Expliquez pourquoi : “on connaît contre une connaissance antérieure” (§1).
  2. Pourquoi “l’obstacle pédagogique” (§2) est-il une sorte de préjugé ?
  3. D’après ce texte, le scientifique peut-il avoir des préjugés ? Pourquoi ?