Wittgenstein : L’inconscient est-il une hypothèse acceptable ?

La théorie des rêves de Freud : Quelque élément qui survienne dans un rêve, on trouvera qu’il est lié à un désir que l’analyse peut mettre en lumière – voilà ce qu’il entend montrer. Mais ce processus d’association libre est louche : en effet Freud ne montre jamais comment il sait où s’arrêter, il ne montre jamais comment il sait où est la solution correcte. Il dit parfois que la solution ou l’analyse correcte est celle qui satisfait le patient. Parfois il dit que le docteur sait quelle est la solution ou l’analyse correcte du rêve, alors que le patient ne le sait pas : le docteur peut dire que le patient se trompe.

La raison qu’il donne pour dire d’une analyse qu’elle est l’analyse correcte ne paraît pas donner matière à preuve ; non plus que cette proposition selon laquelle les hallucinations, et donc les rêves, sont satisfaction d’un désir. (…)

Avec son analyse, Freud fournit des explications que nombre de gens sont enclins à accepter. Il souligne qu’ils n’y sont pas enclins. Mais si l’explication est telle que les gens ne sont pas enclins à l’accepter, il est hautement probable que c’est aussi un genre d’explication qu’ils sont enclins à accepter. Et c’est là ce que Freud a en fait mis en lumière. Voyez l’idée selon laquelle l’anxiété est toujours, d’une façon ou d’une autre, une répétition de l’anxiété que nous avons éprouvée à la naissance. Il ne l’établit pas en se référant à une preuve – comment le pourrait-il ? Mais voilà une idée qui a un caractère attrayant prononcé. (…) Il en va de même de la notion d’inconscient. Freud prétend en trouver la preuve dans les souvenirs que l’analyse amène au jour. Mais, à un certain stade, on ne voit pas clairement dans quelle mesure de tels souvenirs ne doivent pas leur existence à l’analyste.

Ludwig WITTGENSTEIN, Conversations sur Freud (1942), pp.90-91

Questions :

  • Selon Wittgenstein, le patient peut-il contrôler la procédure suivie par son psychanalyste ?
  • Si une idée est “attrayante”, cela suffit-il à établir qu’elle est vraie ? En quoi est-ce le cas de l’idée d’ “inconscient” ?

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